Tourisme équitable, la nouvelle façon de voyager

ghanaDébut des années 50 : des groupes de citoyens influencés par l’autogestion et la solidarité entre les peuples inventent le commerce équitable, une nouvelle façon d’envisager les échanges, favorisant les petits producteurs et contournant les grandes multinationales.

Un peu partout dans le monde, l’idée s’installe et fait des petits. Le tourisme équitable est de ceux-là et tente de marier voyage, découverte, solidarité et progrès social.

Le tourisme équitable, un voyage responsable

Le but affiché du tourisme équitable est de permettre une redistribution plus juste des bénéfices touristiques, manne particulièrement essentielle pour certains pays en voie de développement. Il s’agit d’assurer aux “autochtones” une part conséquente des revenus générés et d’éviter d’enrichir de grands groupes étrangers, toujours capables d’investir toujours plus dans la construction de luxueux hôtels mais pas dans des écoles ou des hôpitaux… Se combinent ainsi tourisme et développement durable, bonheur de voyager et utilité publique.

Par la même, le tourisme équitable, idéologiquement proche de l’ “écotourisme” ou du “tourisme responsable”, permet une véritable conservation du patrimoine naturel ou historique. Des sommes, réservées à l’entretien ou à la restauration de sites, sont par exemple allouées aux autorités locales. Cette curiosité respectueuse est également l’occasion d’une véritable rencontre. L’aventure au cœur de cultures différentes, la découverte d’une histoire et d’un peuple offrent un formidable enrichissement, tant humain qu’intellectuel. Seul, en couple ou en famille, cette expérience sera, à coup sûr, inoubliable.

Mais le principal objectif du tourisme équitable reste la possibilité d’un véritable progrès social, rendu possible par une plus juste répartition des richesses touristiques. Quoi de plus naturel, en somme, que de rendre à celui qui vous accueille, et pas à celui qui a su réunir les fonds nécessaires à la construction du trop fameux club de vacances ? Cette démarche fait écho au slogan, à la base du commerce équitable, des pays du Sud à la fin des années 70, “Trade, Not Aid”. Pas d’aides humanitaires mais des règles plus équitables, clamaient-ils. Le tourisme équitable, c’est surtout cela, rendre ce qui lui est dû à celui qui le mérite vraiment.

Un élan prometteur

Ce mouvement n’en est pour autant qu’à son balbutiement. En France, seules quelques structures de tourisme équitable, “Croq’nature”, “Tourisme et Développement Solidaire”, “La Route des Sens” ou “Visions du Monde”, proposent ce genre de prestations, même s’il ne s’agit pour l’instant que d’une auto-labellisation. Les destinations se regroupent autour de trois grands pôles : Afrique, Asie et Amérique du Sud. Le choix est large, un grand nombre de pays sont proposés : Maroc, Mali, Burkina Faso, Madagascar, Laos, Panama, Pérou et bien d’autres encore. Les tarifs sont parfois moins attractifs que la plupart des formules classiques. Comptez entre 1200 et 2500 euros pour deux semaines selon les destinations.

Très peu connu il y a seulement quelques années (seulement 9% des français en avaient déjà entendu parler en 2000), le tourisme équitable a connu, récemment, un succès grandissant (74% des français savaient en 2006, ce qu’était ce tourisme alternatif). C’est ce que confirme Jean Luc Gantheil, fondateur et directeur de croque nature : “Le tourisme équitable ne concerne encore qu’une minorité de personnes mais les chiffres ne cessent de progresser.” Mais il ajoute néanmoins : “Malgré sa croissance rapide, je pense que le tourisme équitable demeurera marginal, ce qui ne le rend pas moins nécessaire.”

Nul doute qu’il s’agit d’une initiative indispensable pour l’avenir de la planète. Elle permet en effet l’établissement de principes justes et équitables qui pourraient, pourquoi pas, permettre un réel développement des pays du Sud. Un développement librement construit et choisi, local ou national, qui réduirait le fossé des inégalités mondiales.

Par-delà les considérations économiques, la proposition est novatrice. Découvrir sans fard la réalité d’un peuple et d’une histoire se révèle autrement plus complexe que se prélasser autour d’une piscine. Il s’agit de se laisser aller à une nouvelle façon de voyager, de considérer le monde. Sortir des sentiers battus, prendre des chemins plus tortueux mais plus beaux, pénétrer dans un “ailleurs” inattendu et bouleversant, rencontrer “l’autre”, pour y trouver, enfin, notre humanité commune.