Saint-Julien-le-Montagnier, sentinelle du Verdon (83)

7DSC_0153Entre Aix-en-Provence et Manosque, au Nord Ouest du département du Var et bien loin de l’agitation de la côte, Saint-Julien-le-Montagnier fait office de sentinelle accueillante du Parc Naturel du Verdon.

Ici, les espaces naturels sont préservés.

Commune typée, au milieu d’hectares parfumés sur la rive gauche du Verdon et à deux pas des criques naturelles du lac d’Esparron, elle est composée de 28 petits hameaux.

La présence de nombreux vestiges et monuments très anciens y raconte les besoins et les croyances des habitants d’autrefois. Le temps et le rythme des saisons, les fêtes traditionnelles et les travaux de tous les jours qui cadençaient la vie des anciens nous est alors conté par tout ce petit héritage.

Un des trois plus importants hameaux, Les Rouvières, se trouve à l’extrémité Est du territoire de la commune, entre Vinon sur Verdon et Quinson. Le seul à l’ouverture du Col. C’est donc par ici que l’ancienne voie royale de Barjols à Riez franchissait le tumultueux Verdon, sur un pont aujourd’hui sous les eaux depuis la mise en place du barrage d’Esparron de Verdon. Au Moyen-Âge, tout le commerce se faisait par cet unique passage, entre ce qui constitue actuellement le canton de Riez et celui de Rians.

Situé au Sud de la plaine, celui de Saint-Pierre, devenu le nouveau centre administratif et économique de l’agglomération, abrite la Mairie, le tout récent Office du Tourisme ainsi que la majorité des commerces de proximité. C’est ici que les Romains s’installèrent et où fut découvert une vingtaine de tombes gallo-romaines. La commune pris véritablement son essor à partir du XIXe siècle avec la descente du vieux village vers ce hameau puis l’aménagement de la Basse vallée du Verdon.

6DSC_0054Enfin, perché sur une colline verdoyante et veillant à 578 mètres d’altitude, encore plus au Sud, siège un village médiéval dans le ciel : Saint-Julien-le-Montagnier. Son premier seigneur fut une femme : Laure de Saint-Julien. Une vicomtesse de Marseille lui succéda. Puis, ce furent les fiers chevaliers de l’Ordre du Temple qui en héritèrent. Enfin, les hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem l’échangèrent avec Montmeyan jusqu’au redressement de l’esprit communal depuis le XVe siècle, jusqu’à la révolution… De nombreux vestiges paléolithiques et néolithiques puis gallo-romains (nombreuses poteries) y ont été trouvés (découverts).

Au pied de l’éperon rocheux, une forêt de chênes pubescents (chênes blancs) profite de ses pentes ensoleillées autour d’un paysage de « Bauco » (herbes hautes utilisées jadis pour protéger les bouteilles), garrigues odorantes et maquis d’herbes folles où règne la Flore sauvage méditerranéenne, xérophile et aromatique : poireau et ail sauvages, lavande aspic, thym, romarin…

Ce petit village typique de la Provence, peu connu et à l’écart des grands axes, se visite à pied (ou en vélo). Laisser la voiture au premier et unique parking indiqué permet à ses rues de devenir quasi-piétonnes et un lieu de vie coloré, calme et agréable, cela, même pendant la saison…

On y découvrira alors un joyau de vieilles pierres… En effet, cette discrète citadelle de la vaste garrigue possède depuis fort longtemps une architecture urbaine d’exception, ainsi qu’un patrimoine riche et varié.

Dans ses ruelles étroites et ombragées au charme irrésistible, appelées « venelles » par les anciens, et ses chemins « caladés » (pavés de pierre) flotte l’atmosphère d’une Provence ancestrale qui nous rappelle les coutumes issues d’un art de vivre qui a toujours su composer avec le soleil. Leurs noms à eux seuls évoquent et représentent toute la poésie et l’authenticité de ce pays : « La Calade », « Promenade du Belvédère », « Chemin du Baou », « Montée du Vieux Village », « Chemin du Moulin à Huile », « Chemin du Paradis des Ânes »…

9DSC_0138Le Bar, installé devant l’unique terrain de pétanque où tout le monde vient se retrouver en fin d’après-midi, offre sa terrasse fraîche à qui veux bien admirer le spectacle permanent dont seuls les boulistes provençaux ont le secret.

Ici, le scénario est libre et chacun peut décrocher le premier rôle à condition de réaliser un ou deux carreaux.

Aménagé en palier lors des différentes périodes de constructions, le versant Sud, moins abrupte que le Nord, accueille les maisons, hautes et colorées, regroupées comme pour mieux se protéger du soleil.  Véritables jardins de pierres, elles sont dotées de très belles portes aux linteaux sculptés ou millésimés, de portiques surbaissés, de porches ornés et de caves à deux ou trois étages. Avec ce charmant habitat, caractéristique de site perché, Saint-Julien-le-Montagnier se distingue par le silence et le calme qui y règnent. Des maisons nobles du XIVe, XVIe et XVIIIe siècle sont visibles dans la « Rue Haute », la « Grande Rue » et la « Rue du Portail ».

Cette dernière devant son nom à la Porte des Templiers qui la termine à son extrémité Ouest, appelée aussi Portail de Gourdane, qui, garnie de sa herse et surmontée d’une haute tour carrée percée de meurtrières, fait partie des impressionnants remparts médiévaux encore visibles datant du XIIIe siècle.

9DSC_0108Passé cette véritable muraille, s’ouvre alors une vaste aire, aplanie et créée par l’extraction de la pierre à bâtir, sur laquelle les habitants foulaient leur blé. Deux vieux moulins à vent restaurés et la petite Chapelle de l’Annonciade y sont installés. De là, la vue s’étend sur la plaine et les bois où la Chapelle de la Trinité du XIe siècle se cache côté Sud.

En remontant, une table d’orientation en céramique de Barjols, réalisée à la main par un artiste peintre, se situe sur le toit du château d’eau. Un magnifique panorama à 360°, couvrant les 6 départements alentours, s’offre alors à l’œil du visiteur qui pourra apercevoir la Montagne de Lure, le Mont Ventoux, les Gorges du Verdon, le massif de la Sainte-Baume ainsi que celui de la Sainte-Victoire ! Les insoupçonnables ruelles et les belles demeures d’époque, la couleur rouge des tuiles et l’église paroissiale se laisseront également dévoiler.

De style roman provençal, l’église est inscrite à l’inventaire (au registre) des Monuments Historiques, sa plus grande partie date du XIIe siècle tandis que ses vestiges marqués de la croix des Templiers proviennent d’une ancienne chapelle de l’Ordre. Un unique cancel (classé) en marbre et de l’époque pré-romane orne la porte d’entrée. L’intérieur abrite « une poutre de gloire » (rare dans le département), des santons du XVIIIe siècle, un maître d’autel en bois du XVIIe siècle, un campanile de 1716, un retable et bien d’autres trésors.

En redescendant, quelques « drailles » (petits chemins ruraux) parcourent des restanques d’oliviers et des petites terrasses cultivées.

9DSC_0032A voir également dans les autres hameaux, des fontaines, lavoirs, oratoires, chapelles et les ruines d’un pigeonnier seigneurial.

Et c’est la diversité de ce patrimoine de différentes époques, discret et d’ordinaire utilitaire mais non dénué d’originalité, qui en fait la véritable richesse et qui contribue à l’identité de la commune.

Aujourd’hui, avec l’aide des habitants, la volonté de la commune, des artistes (peintres, sculpteurs…) et artisans (apicultrice, santonnière, tisseur, tailleur de pierre…) qui l’animent, et bien entendu tous les amoureux d’histoire(s) et d’émotions qui parcourent ses ruelles, le cœur du vieux village bat toujours et connaît même un regain de jeunesse, sous un ciel toujours bleu.